Association des Amis de Pontigny-Cerisy
- Reconnue d'utilité publique -
 
Lettre d'information / janvier 2020
 
 
CERISY EN TRANSITION ...
 
Sémaine du Cercle des Partenaires de Cerisy - Sept. 2019
 
Séminaire du Cercle des Partenaires (Cerisy, Septembre 2019)
 
 
Chères amies, chers amis,
 
Au nom du Conseil d'Administration de notre association, tous nos voeux les plus fervents pour tous ceux qui aiment Cerisy et se dévouent à son œuvre à un titre ou à un autre, ou encore qui la soutiennent financièrement ou bénévolement. C'est là notre force principale et c'est une bonne raison de se réjouir dans cette période à la fois riche et troublée. Elle nous a permis, une fois encore, d'avoir une belle saison 2019, dont la lettre circulaire habituelle de fin d'année a parfaitement rendu compte.
 
Cette année sera marquée par le renouvellement du Conseil d'Administration : bonne occasion pour mesurer, sur le plan institutionnel, le chemin parcouru depuis trois ans, ainsi que les enjeux des années qui viennent.
 
Outre la préoccupation de programmer quelques colloques portant sur les grands défis contemporains, de développer la dimension sensible et esthétique des rencontres, c'est le souci d'organiser par anticipation une transition douce vers une quatrième génération familiale qui aura marqué cette mandature. C'est ainsi, tout d'abord, que Dominique Peyrou est devenu co-directeur du Centre culturel, avec Edith Heurgon, et Olivier Bas trésorier-adjoint de l'association, marquant ainsi, avec leurs épouses, un réel investissement de la famille dans la poursuite de cette entreprise sans équivalent.
 
Cela s'est accompagné d'un certain renforcement institutionnel : le CA a été davantage sollicité, notamment pour le choix des futurs colloques, et a pris l'habitude de se réunir, en séminaire résidentiel à Cerisy au printemps, en plus de ses réunions habituelles, tandis qu'un engagement plus important, sous diverses formes, a été — et sera — demandé aux vingt administrateurs. Le Cercle des partenaires a accru le nombre de ses participants et fonctionne de manière plus collective grâce à la présence d'un Délégué général. La COCOR, instance de concertation avec les acteurs locaux, qui se réunit deux fois par an, a vu également son audience s'étendre. Une importante convention a été passée avec la Conférence des présidents d'université. Des dispositions sont en train d'être prises pour pallier le départ de Philippe Kister, dont on connaît le rôle pivot, départ prévu pour l'automne prochain. Enfin, plusieurs bénévoles de qualité apportent un concours apprécié à cette organisation qui, selon les années, reçoit entre 1100 et 1300 personnes.
 
Il faudra bien sûr poursuivre cette consolidation dans les trois ans qui viennent. Tout en prenant en compte les préoccupations suivantes :
- sur le plan intellectuel, continuer à donner place aux colloques qui aident à éclairer l'avenir, à un moment où les États patinent, où les citoyens sont déboussolés et où les nombreuses initiatives des territoires peinent encore, pour l'instant, à rééquilibrer la dérive écologique et sociale ;
- sur le plan financier, réduire notre fragilité, sachant que nos comptes sont en moyenne proches de l'équilibre, sans plus, alors que nous bénéficions gratuitement de l'expérience accumulée par Edith Heurgon ; nous serons conduits à l'avenir à renforcer certains postes de travail ; nous avons moins de contrats aidés, en sorte que la masse salariale sera difficile à contenir et que des hausses de tarifs des participations aux colloques ne sont pas à exclure si tout cela n'est pas compensé d'une manière ou d'une autre — comme cela aura été le cas en 2019 — par l'apport de nos partenaires ;
- cela est d'autant plus vrai que nous allons devoir investir durablement dans la sécurité ; les normes de celles-ci se sont élevées et nous sommes en retard ; nous allons devoir passer contrat avec un bureau d'études pour élaborer un plan directeur de la sécurité incendie afin de pérenniser notre activité d'hébergement ; sa mise en oeuvre pèsera pendant plusieurs années sur nos finances ;
- enfin, nous aurons à poursuivre le travail amorcé pour diffuser plus largement nos programmes, pour élargir nos publics, et mieux valoriser les actes de nos colloques, trop souvent trésor caché, avec le concours des éditeurs qui nous soutiennent si activement.
 
Nous reparlerons de tout cela lors de notre assemblée générale. Merci d'en noter dès à présent la date, le jeudi 23 avril 2020 à 18h. Et de venir nombreux aux rencontres de cette année qui s'annoncent passionnantes.
 
Jean-Baptiste de FOUCAULD, Président de l'AAPC
 
 
UNE SAISON 2020 À L'ENSEIGNE DE L'ART, DE TOUS LES ARTS
 
 
En ce mois de janvier, l'équipe de Cerisy prépare, avec les directeurs des colloques, la saison 2020. Début mars, les membres de l'Association recevront la brochure détaillée. Et, cette fois, elle sera accompagnée d'un dépliant plus succinct, réalisé par Léa Lucas, précisant en quelques lignes l'argument de chaque rencontre et les appartenances des organisateurs. Ici, je vous donnerai seulement un aperçu de la saison, fort différente de la précédente. En effet, l'année 2019 a été marquée par d'amples discussions visant, au regard des désordres du monde, à renouveler nos systèmes de pensée et d'action pour construire des futurs souhaitables. Faire face à l'urgence du long terme est la formule-clé qui en est ressortie.
 
En inaugurant une nouvelle décennie cerisyenne, le programme 2020 fait un pari radical : celui de l'art, de tous les arts, en relation évidemment avec la littérature, la philosophie et le problème des langues dans une société multiculturelle. Deux colloques, en lien avec la Normandie, peuvent en donner une idée :
 
- De quoi l'Art brut est-il le nom ? (11-15 juin), sous la direction des galeristes Christian Berst et Raphaël Koenig, s'attachera, alors que l'art brut demeure largement impensé, à dépasser le dogme primitiviste de Dubuffet, pour saisir l'essence de cet art de l'intime. Il sera accompagné de deux expositions : "Art brut : un siècle d'art hors norme", au Musée Quesnel-Morinière et en l'église Saint-Nicolas de Coutances et "Art brut : perspectives et médiums contemporains", à l'Usine Utopik de Tessy-Bocage, qui resteront ouvertes une grande partie de la saison estivale ;
 
- Que fait la couleur à la photographie ? (14-18 août), est organisé par Nathalie Boulouch (Univ. Rennes 2) et Gilles Désiré dit Gosset (Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine), dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste. La réflexion portera sur ce que le progrès de la couleur a fait, fait et fera à la photographie, au prisme de ses techniques et de ses usages. La couleur a également suscité polémiques et controverses que le colloque interrogera. Une table ronde et une exposition seront proposées à Saint-Lô.
 
 
 
 
 
 
Présentation du Festival Normandie Impressionniste 2020,
au Musée d'Orsay à Paris le 10 janvier dernier,
en présence d'Hervé MORIN, Président de la Région Normandie
et d'Erik ORSENNA, Commissaire général du Festival
 
Si vous lisez attentivement l'affichette 2020, vous noterez la présence des arts partout, de manière explicite ou plus cachée : Art et argent ; Circulations des cartes postales dans la littérature et les arts ; Arts et écrits rebelles ; Mandiargues : écrire entre les arts ; mais aussi L'Europe du cinéma ; Le théâtre des genres dans l'œuvre de Mohammed Dib. La danse sera conviée au colloque sur le Patrimoine originaire avec Arno Stern et Pascal Quignard. Pour la première fois, la musique se trouvera à l'honneur avec le colloque Musiques sacrées en Normandie, mais aussi avec des concerts : un "Stabat Mater" à Coutances avec Julia Kristeva ; plusieurs moments musicaux avec Les autres noms du temps. Quant à la rencontre Angles morts du numérique, organisée par ArTec avec le Cercle des partenaires, elle sera tout au long de la semaine accompagnée d'un collectif d’artistes de l'Atelier de DisNovation...
 
Il me faut vous l'avouer : loin d'être une donnée prescrite, ce pari artistique est un résultat qui apparaît au terme de la programmation. Que nous dit-il sur les Colloques de Cerisy ? Il me semble qu'il se situe au croisement de deux facteurs. Le premier est lié, notamment à partir des colloques sur "Les jardins", "La marche" ou "La danse", à l'évolution des activités qui, utilisant au mieux les espaces offerts par le château et le parc, diversifient les types d'interventions (ateliers, concerts, expositions, performances, spectacles). Ainsi, Cerisy devient un lieu où de plus en plus, artistes et chercheurs acceptent de prendre le temps de vivre ensemble des expériences capables d'abattre les cloisons de tous genres. Le second facteur est la reconnaissance que, à toutes les époques et plus encore aujourd'hui, l'art joue un rôle majeur pour comprendre le monde qui vient, en donner à voir les risques, et, même plus tôt que les scientifiques, imaginer des futurs souhaitables... Le voeu que je formule donc pour cette nouvelle décennie, c'est que Cerisy devienne toujours davantage cet espace de réconciliation entre arts et sciences qui concourt au renouvellement des systèmes de pensée pour l'action !
 
Edith HEURGON, Déléguée générale de l'AAPC,
Co-directrice du CCIC
 
 
RETOUR SUR LA FABRIQUE DU COLLOQUE "ENTREPRISE" (2019)
 
 
Du lundi 27 mai au lundi 3 juin 2019
Direction : Kevin LEVILLAIN, Blanche SEGRESTIN, Stéphane VERNAC
 
Entreprise, responsabilité et civilisation : un nouveau cycle est-il possible ?
 
Antoine FRÉROT, Armand HATCHUEL, Philippe ZAOUATI
 
 
Dès 2008, Antoine Frérot pose la question : À qui appartiennent les entreprises ? Le débat intéresse, mais on est alors incapable d'en faire immédiatement un colloque. Heureusement, en parallèle, un groupe de chercheurs engage un processus de recherche avec le Collège des Bernardins qui accorde une subvention à ce programme. En 2013, les travaux ont bien avancé, de premières publications font mieux connaître la problématique et on peut alors organiser sur de bonnes bases un colloque à Cerisy. Peu d'entreprises y sont présentes, mais des chercheurs, des syndicalistes, quelques juristes.
 
Ce colloque intitulé À qui appartiennent les entreprises ? a réalisé une sorte d'aplanissement intellectuel sans équivalent dans le monde académique, d'où est sorti un ouvrage sous le titre : L'entreprise. Point aveugle du savoir. Le débat a fait paraître que, sur le plan intellectuel et sur le plan politique, affirmer que l'entreprise était un objet non pris en charge par le monde académique, ou vu selon des prismes trop réducteurs, recueillait l'assentiment de nombreux interlocuteurs, notamment des syndicalistes. La formulation initiale marquait trop notre réponse : un "détour académique" important était nécessaire.
 
En 2013, on n'avait pas l'idée d'une loi nouvelle, même si la notion d'entreprise "à objet étendu" était dans nos travaux. Les hypothèses législatives ne sont apparues qu'avec le pouvoir actuel. Et on sait qu'elles ont abouti à des dispositifs qui paraissaient utopiques en 2013. Par conséquent, le colloque de 2019 pouvait considérer que la loi n'était plus le seul but et que, pour en soutenir le déploiement, il fallait relancer la machine intellectuelle selon quelques thématiques devenues incontournables.
 
La première était la notion de puissance d'agir. Face à une situation qui voit les corpus classiques s'épuiser et de nombreuses apories traverser l'action des États, il fallait "aller là où il y a de la puissance d'agir". Constatant que l'Occident a produit, avec les entreprises, des puissances d'agir qui ne sont pas considérées comme des sujets de l'histoire, nous devions, en tant que chercheurs, faire une contre-histoire qui restaure la place des entreprises et souligne l'impossibilité de la pensée économique à concevoir à la fois la puissance des entreprises et leur responsabilité. Ce moment "Responsabilité" a été clairement analysé au cours de l'intervention de François Ewald au colloque ("Responsabilité, entreprise, civilisation", enregistrement audio en ligne sur La forge numérique de la MRSH de l'université de Caen Normandie et sur le site France Culture).
 
La deuxième manière de sortir des apories actuelles et de l'ellipse de l'entreprise consiste à substituer au couple traditionnel Entreprise et Société celui d'Entreprise et Civilisation. En effet, le premier couple n'a plus grande pertinence, surtout si l'on entend confondre Société et État. La puissance des entreprises est aujourd'hui à l'échelle mondiale. Et il ne s'agit pas seulement d'une puissance en termes économiques mais aussi en termes d'influences sociales permises par les technologies : c'est ainsi qu'une entreprise de petite taille comme Cambridge analytica a changé les élections américaines. Il va de soi que de grandes entreprises comme Veolia se sont mondialisées. Il ne s'agit pas d'internationalisation, mais bien du fait que la puissance d'agir des entreprises produit un cadre civilisationnel renouvelé, ce qui justifie qu'à Cerisy on engage une nouvelle "prospective civilisationnelle" (Vers des civilisations mondialisées ? De l'éthologie à la prospective, Jean-Eric Aubert, Josée Landrieu (dir.), Colloque de Cerisy, Éditions de l'Aube, 2004).
 
Le troisième élément relève encore de la puissance d'agir. Si l'on veut réformer les entreprises, la loi est nécessaire mais, à elle seule, elle ne suffira pas : il faut donc des mouvements sociaux, à l'échelle locale et au-delà. Le colloque a mis en évidence plusieurs modèles d'action allant dans le sens d'une responsabilisation civilisationnelle des entreprises (dont deux s'appuyant sur des fonds d'investissements). En particulier le colloque a consolidé "le jeune mouvement de la communauté des entreprises à mission". L'association était déjà créée en décembre 2018, mais la consolidation intellectuelle du mouvement s'est cristallisée à Cerisy.
 
Armand HATCHUEL, Vice-président de l'AAPC,
Co-président du Cercle des Partenaires de Cerisy
 
 
... TRANSITION À CERISY
 
L'omelette norvégienne à Cerisy
 
Cette nouvelle année 2020 ouvre une période charnière pour Cerisy avec le départ, après la saison, de notre directeur adjoint, Philippe Kister, qui s'apprête à profiter d'une retraite bien méritée au terme de quarante années d'engagement sans faille à nos côtés.
 
Que de changements entre le Cerisy de son arrivée, au tout début des années 80, avec sa douzaine de colloques, et celui de la période récente qui en a souvent compté le double ! Le contexte lui aussi a changé avec le poids accru des contraintes de toutes sortes liées à l'accueil de plus de mille participants dans un monument historique et la complexité de l'organisation de colloques fidèles à l'esprit des fondateurs. Ajoutez à cela la nécessité de poursuivre la transition générationnelle et d'alléger la charge de la présence de ma tante Edith Heurgon pendant la saison, vous avez les ingrédients de l'omelette norvégienne — tradition cerisyenne — qu'il ne faut pas manquer !
 
Pour la réussir, il faut d'abord de l'assurance et en particulier celle que j'ai, très ferme, que l'aventure continue.
 
Il convient que la recette soit claire : les missions assurées par Philippe pour la bonne gestion des colloques sont réparties au sein d'une équipe de secrétariat élargie ; la responsabilité de la mise à disposition du château et de ses dépendances dans des conditions garantissant le meilleur accueil des participants constitue le fil conducteur d'un nouveau profil à recruter. Un poste de régisseur et gestionnaire d'établissement organisé autour de cinq axes : assurer les conditions de sécurité, de surveillance et d'accessibilité du site en particulier par sa présence sur place ; gérer les travaux d'entretien, de maintenance et d'aménagement ; assurer la gestion administrative du personnel et piloter l'équipe d'entretien et de service ; gérer la comptabilité du fonctionnement ; entretenir et développer les relations avec nos interlocuteurs locaux (commune, artisans, fournisseurs...).
 
La touche meringuée indispensable — grâce à l'aide d'un ami de Cerisy — permet la mise en relation avec des candidats intéressés. L'un d'entre eux a été retenu en décembre dernier après avoir fait la connaissance du château et de son équipe : Arnaud Chauvel est sapeur-pompier à la brigade de Paris, avec des attaches bretonnes mais aussi normandes. Il est aujourd'hui en activité et possède une solide expérience dans la gestion d'organismes accueillant du public et donc des enjeux de sécurité correspondants. Il sera présent à Cerisy au début du mois de mars, lors de l'envoi des programmes et du lancement de l'année avec l'équipe, puis nous rejoindra dès le mois de juin dans le cadre d'une convention de formation et, si tout se passe bien, définitivement en début d'année prochaine.
 
Dominique PEYROU, Trésorier de l'AAPC,
Co-directeur du CCIC
 
 
TÉMOIGNAGE D'AXEL QUEVAL, UN NOUVEAU BÉNÉVOLE
 
Dumas amoureux : formes et imaginaires de l'Éros dumasien
 
Du lundi 19 août au lundi 26 août 2019
De gauche à doite : Philippe CHANIAL, Lise DUMASY, Claude SCHOPP,
Julien ANSELMINI, Nathalie SOLOMON, Axel QUEVAL, Edith PERRY
 
 
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Axel Queval, fils de Nan et Jean Queval ; j'ai travaillé pendant trente ans pour le Parti socialiste au siège national, pendant toutes les années Mitterrand, à la communication, aux élections (de 1977 à 1981), puis au secteur international, ensuite avec Pierre Mauroy à la présidence de l'Internationale socialiste pendant sept ans, puis comme responsable des relations internationales de la Fondation Jean-Jaurès. En 2005, j'ai trouvé que mon travail devenait de moins en moins intéressant, et j'ai entamé une deuxième carrière aux Nations Unies, aux Affaires Politiques dans les Forces de Maintien de la Paix, en poste en Côte d'Ivoire, au Centrafrique, et en République démocratique du Congo. J'ai eu l'âge de la retraite (62 ans à l'ONU) en 2014. Il était temps que je parte, je n'ai pas échappé à un syndrome post-traumatique. Me ressourcer à Cerisy était exactement ce dont j'avais besoin.
 
Quand et comment sont nés vos liens avec Cerisy ?
Comment ont-ils évolué au fil de votre vie ?
Eh, oui, je suis tombé tout jeune dans la marmite de la potion magique de Cerisy. Mon père, Jean Queval, avait en effet participé au colloque Queneau de 1960, où il avait pris part, en tant que membre fondateur, à la naissance de l'OULIPO, avec son ami Raymond Queneau. Si mes sœurs y étaient, j'étais quant à moi trop jeune, mais j'y suis revenu à deux reprises avec mes parents dans les années qui ont suivi, en 1962 et 1964 si ma mémoire est exacte, j'avais 10 et 12 ans. J'en avais gardé un souvenir enchanteur : en tout cas, une fois arrivé à la retraite (je me suis occupé entre temps de tout sauf de littérature, lectures mises à part), une des toutes premières choses que j'ai faites, c'est de me renseigner pour savoir si Cerisy existait encore, puis d'examiner le programme de l'année : il y avait un colloque Duras. Exactement ce qu'il me fallait, je connaissais très mal Duras, j'ai lu les quatre volumes de la Pléiade, et suis revenu à Cerisy. J'ai eu alors une des expériences du type "madeleine de Proust" les plus fortes de ma vie. J'avais l'impression que rien n'avait changé, j'ai retrouvé la même bibliothèque, le même réfectoire, les mêmes bancs, les mêmes cuivres au mur, le même café au lait et pain grillé au petit déjeuner, la même ambiance à la fois très studieuse et sérieuse tout en étant décontractée... Un vrai choc. Depuis, je suis revenu pour Pérec, Prévert, Aragon, Handke, Mallarmé, Kluge, Dumas, les portraits dans la littérature de Flaubert à Proust, et j'en oublie sûrement.
 
Quels colloques avez-vous particulièrement appréciés ?
Pourquoi ?
Mes colloques favoris : Alexandre Dumas et Prévert, les plus ouverts, les plus sympathiques, les plus enrichissants. Mais tous les colloques auxquels j'ai participé m'ont beaucoup apporté. D'abord, je m'efforce de lire toute l'oeuvre (ou de visionner les films) de l'auteur en question, quand c'est possible, avant le colloque ; ensuite, nous sommes confrontés à des points de vue souvent très différents sur l'œuvre en question. C'est enrichissant, un peu frustrant quand les organisateurs veulent à toute force imposer leur vision de l'auteur au détriment de toute autre interprétation, ce qui était sans doute le cas du colloque Mallarmé. Mais c'est une rare exception, et toujours, la confrontation est enrichissante. De plus, ces colloques m'ont aussi permis de rajouter mon grain de sel concernant les rapports, un peu oubliés de nos jours, entre littérature et musique, et notamment l'opéra (mon violon d'Ingres) au XIXème siècle.
 
Que vous apporte particulièrement Cerisy ?
Pourquoi proposer vos services bénévoles aujourd'hui ?
Je trouve que Cerisy est une institution extraordinaire, qui maintient bien haut les valeurs intellectuelles françaises, loin des dérives mercantiles qui semblent nous assaillir de toute part de nos jours. Mais en même temps, Cerisy s'est énormément modernisé au fil des ans, tout en restant dans le droit fil de la tradition : amélioration du confort des chambres, doublement du nombre des colloques grâce à une autre salle toute neuve et moderne, installation bien sûr de l'Internet et de l'audiovisuel, multiplication des séances culturelles au grenier, expositions dans la laiterie, films, concerts même, excursions hors les murs, axe franco-allemand... J'aime en particulier le fait que deux colloques ont en général lieu en même temps, ce qui permet d'échanger pendant les repas et les pauses avec d'autres publics, passionnés d'autres sujets.
J'ai aussi un peu peur que ce modèle, économiquement fragile, n'ait du mal à se pérenniser, d'où ma volonté de m'engager comme bénévole et contribuer avec ma petite pierre à la consolidation de la cathédrale.
 
Propos recueillis par Léa LUCAS, Chargée de projets culturels du CCIC
 
 
COLLOQUES 2020
 
S'agissant des inscriptions aux colloques 2020, elles seront ouvertes à partir du 15 mars prochain.
Pour chaque colloque, vous pouvez retrouver, au fur et à mesure de la mise en ligne sur notre site internet des informations qui nous sont transmises par les directeurs, une présentation détaillée (argument, calendrier provisoire, bibliographie, résumé et présentation des intervenants). Vous pouvez également y retrouver, pour la plupart d'entre eux, un flyer de présentation (téléchargeable au format PDF).
 
Vous pouvez dès maintenant télécharger le programme 2020 abrégé (au format PDF) en cliquant sur l'image que voici.
 
Rappel: L'Association des Amis de Pontigny-Cerisy, reconnue d'utilité publique, est un organisme déclaré au titre de la formation professionnelle, enregistré sous le numéro : 25 50 00326 60.
 
AGENDA
 
 
Lundi 3 février (17h-19h)
 
Présentation de l'ouvrage
 
Lionel Cuillé, Jean-Marie Gleize, Bénédicte Gorrillot (dir.)
Avec la collaboration de Marie Frisson
Éditions Classiques Garnier — 2019
 
Bibliothèque Ascoli
Université Paris-Sorbonne
1, rue Victor Cousin
75005 PARIS
(Accès par le 17, rue de la Sorbonne. Escalier C, 2ème étage)
 
 
Lundi 10 février (18h-20h30)

Quelles contributions de la recherche dans les transitions
vers des systèmes agro-alimentaires durables ?
Compte-rendu du colloque Sciences, techniques et agricultures (2019)
 
 
Inscriptions gratuites et obligatoires avant le 3 février 2020
ifris.news@gmail.com
 
École des Mines
60 Bld Saint Michel, 75006 PARIS
 
 
Jeudi 23 avril (18h-21h)
 
Assemblée Générale
de l'Association des Amis de Pontigny-Cerisy
 
École des Mines
60 Bld Saint Michel, 75006 PARIS
 
 
Lundi 11, Mardi 12 et Mercredi 13 mai
 
Armand Frémont. Un géographe dans le siècle
Colloque en hommage à Armand Frémont (1933-2019)
 
 
Maison de la Recherche en Sciences Humaines
Université de Caen Normandie
Esplanade de la Paix - Campus 1
14032 CAEN Cedex
 
 
PUBLICATIONS RÉCENTES
 
Francis Ponge, ateliers contemporains
Francis Ponge, ateliers contemporains
 
Direction: Lionel Cuillé, Jean-Marie Gleize, Bénédicte Gorrillot, avec la collaboration de Marie Frisson
Éditeur: Éditions Classiques Garnier
Collection: "Colloques de Cerisy - Littérature, n°9"
ISBN: 978-2-406-08795-3
 
Quarante ans après un premier colloque de Cerisy, en présence du poète, témoignant du rôle éminent joué par Francis Ponge dans les pratiques poétiques au XXe siècle, cet ouvrage fait le point sur les recherches le concernant. Si, en 1975, la lecture critique de ses textes semblait surtout partagée entre les pôles "formaliste" et "réaliste", ce champ s'est élargi et décalé. Les contributions réunies ici témoignent des liens variés du poète avec la vie littéraire et artistique de son temps, de la diversité des contextes dans lesquels son œuvre a été reçue et interprétée — notamment à l'étranger — et des questions nouvelles qui lui sont aujourd'hui posées. Ainsi le texte de Ponge constitue-t-il toujours une réserve de "ressources naïves", une leçon de vie autant qu'une incitation à l'écriture.
 
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Simone Weil, réception et transposition
Simone Weil, réception et transposition
 
Direction: Robert Chenavier, Thomas Pavel
Éditeur: Éditions Classiques Garnier
Collection: "Colloques de Cerisy - Philosophie, n°3"
ISBN: 978-2-406-08246-0

L'importance primordiale de la notion de transposition tient d'abord à son aptitude à composer différents niveaux de la réalité, dans une "lecture" du monde comme "texte à plusieurs significations", sans oublier la dimension spirituelle de l'"art de transposer". Une seconde ligne d'analyse explore en quoi la pensée de Simone Weil est elle même transposable aujourd'hui, dans nos réflexions sur la question du travail, sur une théorie des religions ou dans le domaine politique. Déterminer les significations de la méthode de transposition permet de définir les conditions d'une réception de l'œuvre de Simone Weil de nos jours. Ce volume réunit les articles issus des communications prononcées au colloque de Cerisy (2017).
 
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Quelques motifs de la psychanalyse. À partir des travaux de Laurence Kahn
Quelques motifs de la psychanalyse
À partir des travaux de Laurence Kahn
 
Direction: Odile Bombarde, Françoise Neau, Catherine Matha
Éditeur: Éditions Les Belles Lettres
ISBN: 978-2-251-45056-8

À l'heure où l'on prédit la fin imminente de la psychanalyse – prédiction qui accompagna la découverte freudienne dès son origine –, que signifie de s'interroger sur ses "motifs" ? Est-il exact que ses outils de pensée soient si obsolètes qu'il faille remanier ses théories et sa pratique pour mieux l'adapter ? Dans un temps où les ralliements hâtifs vont à la supposée modernisation, gage d'ouverture, qu'advient-il du temps long et de la complexité requis pour s'acquitter aussi bien de la tâche thérapeutique que de la réflexion sur les créations culturelles et sur leurs butées actuelles ?
C'est à partir des travaux de Laurence Kahn, membre de l'Association psychanalytique de France, que ces questions ont été abordées au cours d'un colloque organisé au Centre culturel international de Cerisy. Des travaux qui, depuis sa formation initiale d'helléniste dans le laboratoire de Jean-Pierre Vernant jusqu'à sa pratique d'analyste auprès des adultes et des enfants, l'ont régulièrement conduite à associer à sa réflexion sur le legs freudien les œuvres de la philosophie, de la sociologie politique, de la littérature et de l'histoire. (...)
 
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PUBLICATIONS À VENIR
 
Hybridations et tensions narratives au Maghreb et en Afique Subsaharinne
Hybridations et tensions narratives au Maghreb et en Afrique Subsaharienne
Lectures croisés II
 
Direction: Anne Begenat-Neuschäfer (†), Daniel Delas, Khalid Zekri
Éditeur: Éditions Peter Lang
Collection: "Sprachen - Literaturen - Kulturen"
ISBN: 979-3-631-78975-9
 
Les littératures du Maghreb et d'Afrique subsaharienne constituent un espace symbolique où se déploie le processus d'hybridation et de traduction culturelle. Ce qui se constate dans ces littératures d'Afrique de langue française et portugaise, c'est un travail de disponibilité que l'écrivain opère à l'intérieur de son univers fictionnel en accueillant de nouvelles possibilités d'existence. En résultent d'intéressantes tensions narratives, variant d'un contexte à l'autre, et qui sont analysées dans ce volume qui réunit les travaux présentés lors du colloque "Hybridations et tensions narratives au Maghreb et en Afrique subsaharienne" à Cerisy-la-Salle.
 
En savoir plus sur ce colloque
 
Centre Culturel International de Cerisy
2, Le Château 50210 Cerisy-La-Salle
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