Avril 2020 #1
Lettre de l'Assemblée des Femmes
Actualités
Droit à l'avortement, un drame se noue en Pologne
 
Laurence Rossignol, présidente de l’Assemblée des Femmes, a alerté à plusieurs reprises le gouvernement français sur les risques spécifiques que fait peser la crise sanitaire sur les droits sexuels et reproductifs des femmes, en raison de la fermeture des frontières et de la saturation des systèmes de soin. Le gouvernement a partiellement répondu à son interpellation et la mobilisation des médecins engagé.e.s pour les droits des femmes, des militantes féministes et des équipes du planning familial porte ses fruits. Plus d’une centaine de professionnel·les de l’IVG ont appelé à des mesures d’urgence se disant prêts à défier la loi. Vous pouvez soutenir leur action en signant cette tribune.
Force est de constater que ces risques sont aussi mondiaux que la pandémie : dans plusieurs pays, le Covid-19 sert de prétexte pour limiter drastiquement voire définitivement l’accès des femmes à l’avortement.
 
En Pologne, la situation est dramatique. Le droit à l’avortement est déjà extrêmement limité par l’une des législations les plus drastiques d’Europe : pays largement catholique, la Pologne ne permet actuellement l'avortement qu'en cas de viol, inceste, danger pour la vie de la mère ou malformation irréversible du fœtus. Le Parlement examine le 16 avril un texte visant à interdire l’avortement en cas de malformation irréversible du fœtus, ainsi qu’un autre texte visant à criminaliser l’éducation sexuelle et affective des enfants.
 
Les femmes polonaises ne disposaient déjà pas de leur liberté sexuelle et affective, et leur situation va empirer. La limitation de l’éducation sexuelle les privera des informations indispensables relatives à la contraception et à la protection contre les IST.
 
 
 
Le confinement ne doit pas retarder la mise en sécurité des personnes prostituées
 
Anniversaire de la loi d’abolition de prostitution : pour les victimes, l’état d’urgence est permanent. 
Il y a 4 ans était promulguée la loi d'abolition de la prostitution. Depuis, sa mise en œuvre s'est heurtée a été heurtée par une détermination politique insuffisante et un manque de moyens dans l'accompagnement des victimes du système prostitutionnel, ainsi qu'une inégale prise en charge dans les territoires.
 
L'Assemblée des Femmes appelle donc les pouvoirs publics à prendre dès maintenant toutes les mesures nécessaires pour organiser l’accompagnement de sortie de la prostitution de toutes les victimes du système prostitutionnel. La prostitution est toujours une situation d’asservissement : son abolition est corrélée au respect de la dignité humaine.
 
Communiqué
 
Tribune de Laurence Rossignol : lutter contre les violences intrafamiliales, urgence absolue du confinement
 
Retrouvez la tribune de Laurence Rossignol, Présidente de l'Assemblée des Femmes, pour la Maison des Élus.
 
"« Il suffira d’une crise… » nous prévenait Simone de Beauvoir, soulignant la précarité des droits des femmes dans une société qui demeurerait patriarcale, malgré les conquêtes féministes. Face au Covid-19, nous ne sont pas toutes et tous égaux, et les femmes sont partout en première ligne." 
 
Tribune
 
 
Pas de répit pour les familles monoparentales
 
Muni.e de votre attestation de sortie, numérique ou format papier, vous êtes tranquillement allé.e faire les courses récemment. Certes, il y avait peut-être un peu d’attente à l’entrée et les stocks de farine sont aléatoires, mais l’approvisionnement en nourriture ne représente pas de difficulté pour la majorité de la population… Sauf pour un grand nombre de familles monoparentales.
 
Au mépris des règles en vigueur, nombre de mères - 80% des familles monoparentales sont composées de femmes avec enfant(s) - se sont vues refuser l’accès à leur magasin d’alimentation, sous prétexte qu’elles étaient avec leur(s) enfant(s). Cette mesure est défendue comme relevant du principe de précaution et des règles du confinement par les personnes qui leur opposent ces interdictions. D’autres parents solos ont dû laisser leurs enfants au niveau des caisses ou de la sortie, et on ne peut qu’imaginer le traumatisme que cela représente pour des enfants très jeunes.
 
Vendredi 10 avril, l'Assemblée des Femmes a auditionné Laure Skoutelski, déléguée générale de Parents Solos et Compagnie, les conclusions sont sans appel. Les difficultés vécues par les familles en situation de monoparentalité sont nombreuses et ne se résument pas aux courses. L'isolement généré par le confinement ne leur accorde aucun répit puisque l'entraide est fortement entravée. Nous ne sommes pas tou.te.s à égalité face au confinement, les parents solos vont ressortir particulièrement épuisés. L’Assemblée des Femmes relaiera toute initiative de solidarité susceptible de leur venir en aide.
 
Le Défenseur des droits et le Secrétariat d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes ont rappelé l’illégalité de ces interdictions. Si vous en êtes victime, n’hésitez pas à le signaler auprès de l’adresse mail dédié : dgcs-coursesparentsisoles@social.gouv.fr
Vous pouvez également demander à votre mairie de contacter les magasins contrevenants afin de leur rappeler la loi.
 
 
L'appel des écrivaines et universitaires : " Nous exigeons que tombent les égoïsmes nationaux "
 
 
“ Depuis les maisons où nous sommes confinées, depuis ces maisons qui ont été pendant des siècles nos espaces de vie et de soins, ces maisons dans lesquelles nous revenons aujourd’hui après le travail pour nous occuper de nos familles, depuis ces maisons nous écrivons aux gouvernements et aux gouvernants de l’Europe.”
 
L’Assemblée des Femmes a aimé et soutient cette tribune d’Annie Ernaux, Elena Ferrante, Julia Kristeva et quelques autres de différentes nationalités.
La solidarité des femmes n’a pas de frontière, comme nous l'ont prouvé les différentes intervenantes du Grand Procès des écrivaines organisé par l'Assemblée des Femmes et le Parlement des écrivaines francophones le 6 mars 2020. Nous ne laisserons pas nos gouvernements l’oublier. 
 
Tribune
 
 
© SJ Assemblée des Femmes
 
Des lendemains qui chantent
 
Yseline Fourtic-Dutarde, membre du bureau de l'Assemblée des Femmes, pense aux lendemains qui chantent, un monde où nos aspirations ne sont pas de posséder des personnes ou Les choses (Georges Perec, 1985) et où nous ne rêvons pas d'accumuler richesses et pouvoirs.
 
" Je ne veux pas faire partie des coupables du monde d'Après : c'est le moment de planter mon arbre à souhaits. Ni dystopiques, ni utopiques, les lendemains qui chantent nous appartiennent. "
 
Photographie : © SJ Assemblée des Femmes 
 
Article
 
Revue de presse
 
 
Les femmes courent-elles les mêmes risques que les hommes face au Covid-19 ?
 
Catherine Vidal est neurobiologiste et membre du comité d’éthique de l’Inserm. Elle était intervenue à l’université 2018 de l’Assemblée des Femmes. À lire ici (p. 19).
Dans cette tribune, elle pose la question de la contribution des facteurs biologiques, socio-culturels et économiques aux inégalités de santé entre les hommes et les femmes face à la crise sanitaire. 
 
Tribune
 
Anne Bouillon :
la défense virtuelle
des femmes n’existe pas
 
Anne Bouillon est avocate. Elle défend de nombreuses femmes victimes de violences. Elle est intervenue à la dernière université de l'Assemblée des Femmes consacrée à l'antiféminisme dans la justice. On pourra bientôt lire son intervention en ligne.
 
Féministe et engagée, classée troisième meilleure avocate de France en 2019, elle nous livre ici son journal de confinement. 
 
Journal
 
Un numéro de téléphone pour les conjoints violents
 
Nous le savons, le confinement entraîne une recrudescence des violences conjugales et intrafamiliales. Afin de les limiter, François Roques, qui est directeur de l'association pour le contrôle judiciaire en Essonne, a créé une ligne d'écoute pour les conjoints violents ou craignant de l'être. Son initiative a été reprise au niveau national avec la création de ce numéro d’écoute: 08.019.019.11.
 
Article
 
L'anti revue de presse
 
 
Le monde d'après, un monde sans femme ?
 
Le sexisme dans la langue et les images a encore de beaux jours devant lui. Taclée comme sexiste sur les réseaux sociaux, la une du Parisien du 5 avril présentait quatre têtes d’hommes pour évoquer le monde d’après. Le directeur des rédactions s’est fendu d’une excuse en parlant de « maladresse », mais uniquement au masculin « Vous avez été nombreux », alors que ce sont des femmes qui ont majoritairement dénoncé cette une.
 
Elles soignent aussi, mais il faut toujours faire uniquement « avec eux »
 
Corse Matin, a donné un coup de chapeau (bien masculin) aux infirmières de l’hôpital d’Ajaccio, en mettant à sa une vingt visages de femmes avec un masque chirurgical et en titrant « Avec eux ». Cherchez l’erreur. Et l’on peut regretter que d'aussi belles initiatives comme le slam de Narcisse « Ils soignent » ou le hastag #ProtègeTonSoignant se déclinent seulement au masculin. Ou encore qu’Emmanuel Macron n’ait utilisé un féminin que pour parler des caissières et pas des autres métiers, dans son discours du 13 avril. Le Covid-19, ce virus qui attaque « l’homme » ne s’est manifestement pas encore attaqué au sexisme dans la langue.
 
 
Femmages à Anne Juhel Orlac'h, Hafida Bekkiche, Danièle Hoffman-Rispal et Emmanuelle Boussard-Verrecchia
 
L'Assemblée des Femmes s'associe à la douleur des proches et des familles d'Anne Juhel Orlac'h (Anne Féenomen), d'Hafida Bekkiche, Danièle Hoffman-Rispal et Emmanuelle Boussard-Verrecchia, toutes les trois militantes féministes. Les au-revoirs à distance peinent à réchauffer les cœurs isolés par le confinement. 
 
Nous pensons avec émotion à Anne, Hadifa, Danièle et Emmanuelle et les remercions infiniment pour tout le bonheur qu'elles ont apporté à la vie. 
 
 
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À bientôt !
 
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