Mars 2020
Lettre de l'Assemblée des Femmes
Il suffira d'une crise...
 
Communiqué de presse de l'Assemblée des Femmes, 13 mars 2020
 
 
L’Assemblée des Femmes approuve, sans réserve, les décisions annoncées par le Président de la République pour affronter la pandémie du Covid-19. Quel qu’en soit le prix. Et nous savons que le prix, pour les femmes peut être élevé. La fermeture des écoles et des crèches, les mesures de confinement, le retour aux tâches essentielles de l’existence humaine, garder les enfants, apporter les soins, veiller sur les plus fragiles et les plus isolé.e.s, la charge mentale qui en résulte va les placer en première ligne.
 
Elles constituent l’immense majorité des métiers de santé dits non médicaux. C’est sur elles que repose le fonctionnement des EHPAD et des hôpitaux.
Leurs emplois sont souvent dans le secteur tertiaire, les services à la personne, le commerce, les PME. Le télétravail n’est pas compatible avec tous les métiers. Ni les caissières, ni les femmes de ménage, ni les aides à domicile ne peuvent télétravailler.
 
Beaucoup sont monoparentales. Le quotidien est déjà compliqué pour elles en temps normal. Celui qui débute le sera encore davantage.
 
La limitation des déplacements et la vie sociale, le repli sur le foyer les ramène à leurs fonctions ancestrales. Le confinement peut aussi être un facteur de tensions intra familiales.
 
Avant le début de la crise sanitaire, notre société se mobilisait contre les violences sexistes et sexuelles et en faveur de l’égalité. Une priorité ne chasse pas la précédente. La crise sanitaire peut avoir des conséquences régressives et plonger rapidement de nombreuses femmes dans des difficultés matérielles, humaines et physiques sérieuses.
 
Les mesures sociales que décidera le gouvernement doivent impérativement prendre en compte ces risques associés à la crise sanitaire. Il faut protéger les femmes de l’épuisement, aider les familles monoparentales, garantir leurs ressources. Sans cette préoccupation, sans elles, nous serons collectivement plus faibles pour faire face.
 
Et gardons en tête, comme l’écrivait Simone de Beauvoir, qu’il suffira d’une crise pour que les droits des femmes soient remis en question.
 
Laurence ROSSIGNOL
Présidente de l’Assemblée des femmes
 
 
Guide pour lutter contre les violences conjugales en période de confinement
 
En raison du confinement, les femmes victimes de violences sont aujourd'hui enfermées 7/7 avec l'auteur des violences. Plusieurs dispositifs ont été mis en place ou renforcés.
Pour y voir plus clair et gagner en efficacité, l'Assemblée des Femmes​ a réalisé un guide à l'attention des victimes et des témoins.
 
Vous y retrouverez la liste des dispositifs pouvant vous sauver ou sauver votre voisine, une proche, ainsi les numéros utiles et de nombreux conseils.
 
Guide
 
Les femmes en première ligne de l'épidémie
 
Les femmes sont effectivement en première ligne face à la vague de la maladie : elles constituent l’immense majorité du personnel médical dans le système hospitalier, mais également dans le cadre de l’aide à la personne et de l’accompagnement des personnes âgées dans les EHPAD. Laurence Rossignol avait d’ailleurs témoigné de la fatigue des personnels soignants dans les EHPAD lors du débat sur les mesures de santé publique face à l’épidémie de Covid-19, organisé au Sénat à la demande du gouvernement le 4 mars dernier.
Enfin, dans les magasins alimentaires, elles tiennent les caisses et restent au contact des client.e.s. Et peu d’entre elles sont protégées en raison du manque patent de masques.
 
Les risques auxquels s’exposent les femmes ne sont pas uniquement ceux de l’exposition au Covid-19. Statistiquement, plus de 200 000 femmes (et leurs enfants) sont actuellement confinées avec un conjoint violent. L’enfermement et la baisse de l’activité peuvent augmenter encore l'agressivité et l’hostilité des auteurs de violences intrafamiliales. Quant à leurs victimes, elles ne peuvent sortir pour prendre du champ ou appeler à l’aide. L’Assemblée des Femmes a appelé les pouvoirs publics à la plus grande vigilance en la matière. Voisines, voisins, vous pouvez également participer à la lutte contre les violences faites aux femmes depuis chez vous. Bruits de coups, cris, violentes disputes... ? N’hésitez pas à composer le 17. Les écoutant.e.s du 3919 (lutte contre les violences faites aux femmes) et du 119 (lutte contre les violences faites aux enfants) sont également disponibles.
 
Dans nos réseaux féministes, nous dénonçons souvent la charge mentale, celle qui fait peser sur les femmes - davantage que sur les hommes - l’organisation du foyer, la répartition des tâches, la gestion du quotidien, l’attention aux enfants et aux aînées ; bref le management de la famille, même dans les couples où chacun des parents travaille. Nous pouvons donc craindre que cette assignation à résidence de salut public ne renforce les mille détails auxquels le quotidien nous confronte et que les femmes prennent à bras le corps. D’autant plus que la continuité éducative des enfants doit être garantie ! Or le télétravail n’est pas facilement compatible, voire pas du tout, avec les activités des enfants.
Nous formulons le vœu que cette période de confinement puisse permettre une prise de conscience du nombre de tâches réalisées au quotidien par les femmes ; et du poids écrasant de la charge mentale.
 
En cette période difficile, nous vous apportons tout notre soutien, ainsi qu'à vos proches. Prenez bien soin de vous. 
 
L'épidémie risque de fragiler l'accès à l'avortement
 
La présidente de l'Assemblée des femmes, Laurence Rossignol, a défendu au Sénat lors de l'examen de la loi sur l'état d'urgence sanitaire un amendement visant à allonger les délais de l'Interruption Volontaire de Grossesse en raison des difficultés d'accès à l'IVG liées à l'épidémie de Covid-19
 
Tous les ans, 5 000 femmes sont obligées de quitter la France pour recourir à une IVG, elles vont par exemple aux Pays-Bas ou en Espagne où les délais sont plus longs. Les autorités le savent et s'en accomodent afin de ne pas modifier les délais. Seules les femmes ayant les moyens financiers de le faire peuvent se le permettre, c'est pourquoi l'Assemblée des femmes se bat pour un allongement des délais hors temps de crise. Quelles solutions ont ces femmes maintenant que les frontières sont fermées ? 
 
Si nous regardons la situation de manière plus globale, nous savons que la saturation des hôpitaux entraîne des bouleversements dans tous les services. Danielle Gaudry, membre de " Avortement en Europe, les femmes décident " a alerté sur la suppression de créneaux horaires permettant de pratiquer des IVG dans les blocs opératoires. Dès lors, même si les femmes effectuent les démarches à temps, elles risquent de se retrouver hors délais. 
 
Alors que le gouvernement ne voit aucun problème à déroger au code du travail, et ce sans limite dans le temps, il estime impensable de déroger à la loi sur l'avortement. Des obstétricien.ne.s ont alerté sur ce besoin d'allonger les délais afin de ne pas devoir refuser les demandes ou de se mettre dans l'illégalité. N'est-il pas possible de faire confiance au corps médical et aux associations afin de donner forme à la grande cause du quinquennat ? 
 
 
 
Le Grand procès des écrivaines : les femmes qui écrivent sont-elles dangereuses ? 
 
À l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l'Assemblée des Femmes a organisé le 6 mars 2020 le Grand procès des écrivaines en partenariat avec le Parlement des écrivaines francophones et le soutien d'Ensemble contre le sexisme
 
Tour à tour, la présidente du tribunale, les procureures, les accusées, les témoins à charge et les témoins de la défense interprétées par Frédérique Lantieri, Faouzia Zouari, Sylvie Le Clech, Isabelle Alonso, Viktor Lazlo, Suzanne Dracius, Marie-Rose Abomo, Marijosé Alie, Sophie Bessis, Sophie Bourel, Chahla Chafiq, Sedef Ecer, Sylviane Giampino, Lucie Nizard, Cécile Oumhani et Alexandra Schwartzbrod ont pris la parole pour mettre en valeur l'importance de l'écriture par les femmes. Nous tenions à remercier l'ensemble des intervenantes pour la grande qualité et l'intelligence de leurs interventions.
 
Les accusées ont été reconnues coupables, oui coupables d'être dangereuses pour le patriarcat, mais elles ont été acquittées par le jury, interprété par le public. Elles ont été acquittées parce qu'elles sont bénéfiques à l'ensemble de l'humanité
 
Merci également à l'ensemble de l'assistance qui a vivement réagi aux différentes prises de parole, par des rires, des applaudissements et une forte émotion face aux témoignages. 
 
Nous diffuserons prochainement le podcast du Grand procès des écrivaines. 
 
Equal Pay Day
 
Travailler presque trois mois de plus pour gagner autant que les hommes : c'est ce que dénonce l'Equal Pay Day, ce 25 mars 2020. 59 jours : c'est la durée supplémentaire qu'il faut aux Françaises pour gagner la somme perçue par les hommes en un an. Ce qui les amène logiquement au 25 mars de l'année suivante - jours ouvrés comptés - pour obtenir autant que leurs homologues masculins. L'ONG internationale Business & Professional Women (BPW) a fait de cette date l'Equal Pay Day. Cette situation ne date pas d'hier, comme en témoigne l'âge de BPW, une ONG centenaire, à l'origine de l'Equal Pay Day, qui milite depuis sa création pour que les femmes aient les mêmes droits que les hommes dans le monde du travail. Et malgré les efforts, l'écart de salaire stagne encore autour de 25%, d'après l'Observatoire des Inégalités (23,7% selon l'Insee). Une injustice criante.
 
Article
Revue de presse
 
 
Ces femmes qui vont être au feu
 
" À court terme, je crains des tensions fortes sur les femmes, une fatigue physique, psychologique. Bon nombre de femmes, en famille monoparentale ou toutes celles chez qui le partage des tâches n’est pas très avancé, cumulent déjà leur travail et des responsabilités familiales. Et là, elles vont continuer à le faire dans des conditions encore plus difficiles. Il faut être vigilant à la résistance de ces femmes qui vont être au feu. Ce sont souvent elles qui font les métiers du soin, d’aide à domicile, d’aide à la personne… Tout va reposer sur leurs épaules."
 
"Le télétravail, ce n’est ni pour les caissières, ni pour les auxiliaires de vie. Il faut que tout le monde ait conscience de cela. "
 
Interview
 
L'alibi esthétique pour justifier l'injustifiable
 
Laure Murat revient sur la cérémonie des César dans un entretien pour L'Humanité et sur la situation de #Metoo en France, un pays qui en musèle la portée. Elle était intervenue à la dernière université d'automne sur les masculinistes.
 
"Cette posture [d'Adèle Haenel] a fait l’effet d’une déclaration de guerre entre un monde à quai, que je veux croire moribond, et un monde en route. La bonne nouvelle, c’est que cette guerre oblige tout le monde à se positionner."
 
Entretien
 
La lutte contre le patriarcat est internationale
 
L'Assemblée des Femmes a co-signé la tribune " Le 8 mars 2020 à Marseille : Construire la sororité et lutter contre le patriarcat ! " parue dans La Marseillaise le 20 mars 2020.  
 
" Notre féminisme est politique. Nous luttons pour une profonde révision des rapports entre les sexes au travers du projet d’égalité entre les femmes et les hommes."
 
Il y avait à Marseille un monde impressionnant pour la manifestation du 8 mars au rythme de la battucada et en mémoire des femmes kurdes assassinées.
 
Tribune
 
 
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