POTEMKINE FILMS
 
 
L’appel des 50 :
l’édition vidéo DVD, Blu-ray et Ultra HD,
chaînon précieux de la vie et de la diffusion des films,
est en pleine tourmente.
 
 
Paris, le 3 juin 2020
 
 
Un collectif réunissant un très large panel d’éditeurs vidéo exprime l’inquiétude d’une filière importante, créative et dynamique, garante de la diversité culturelle des oeuvres et de la qualité de leur restitution, et qui participe à renforcer les liens entre tous les publics et le cinéma.
 
 
Hier, aujourd’hui et demain, la vidéo physique est capitale
dans la galaxie du cinéma et dans la diffusion de la culture en général.
 
 
En complément des autres médiums, la vidéo physique fait vivre le patrimoine cinématographique et audiovisuel assurant sa préservation, sa diffusion et sa transmission.
Elle contribue aussi à l’économie de toute une filière cinéma : des ayant-droits aux laboratoires techniques et artistiques, des agences de création aux attachés de presse.
 
Après la salle de cinéma, la sortie vidéo apporte une nouvelle visibilité aux oeuvres (retombées presse, communications, réseaux sociaux), qui rayonne sur les autres médiums à venir comme la TV ou la VOD/SVOD, qui bénéficient de cette exposition préalable.
 
En cette période de confinement que nous venons de vivre où la TV et la VOD/SVOD ont fidélisé ou conquis de nouveaux publics, il est important de rappeler que l’ensemble des moyens de diffusion fonctionne les uns avec les autres, et pas les uns contre les autres. La salle de cinéma annonce la vidéo, qui participe à son tour au rayonnement des films en TV/VOD/SVOD.
 
Aucun support n’a vocation à se substituer aux autres, tous ont vocation à exister en complémentarité les uns des autres.
 
Trop souvent oubliée des analyses sur la filière audiovisuelle, l’exploitation des droits vidéo physique pesait près de 400 millions d’euros TTC en 2019. Contrairement à ce que voudraient nous faire croire des plaisanteries de cérémonies de prestige, le support existe, vit, respire et se développe même sur certaines cinéphilies !
 
Car même à l’heure du tout-numérique, la vidéo physique conserve de très forts atouts :
 
• Elle propose de beaux objets, durables, transmissibles et qui répondent à une envie unique, à l’opposé de la culture au débit : elle est la seule assurance de posséder, durablement dans le temps, sans dépendre d’inventaires à l’accès variable.
 
• L’édition vidéo initie au cinéma avec ses fameux suppléments qui offrent une place unique à des documents rares permettant d’approfondir la découverte d’une oeuvre, que l’on soit néophyte ou initié.
 
• L’édition vidéo participe de la démocratisation de la culture avec l’accès aux objets en CDI/médiathèques à des conditions très avantageuses.
 
• L’édition vidéo innove au service des créateurs. L’Ultra HD 4K est aujourd’hui le meilleur support – et de loin – de restitution des films cinéma. L’Ultra HD 4K propose sur certaines éditions un « préréglage réalisateur » qui permet de voir le film en respectant l’étalonnage exact voulu par son créateur. Christopher Nolan et Martin Scorsese ont notamment parrainé cette innovation exclusive au support qui permet de respecter l’étalonnage (le rendu des couleurs) voulu par le réalisateur.
 
 
Ce précieux outil de diversité et de création que 10 millions de Français déclaraient encore acheter en 2018, pourrait perdre entre 30 et 40% de sa valeur commerciale, du fait de la grave crise que nous traversons.
 
 
Les effets du COVID-19 sur la profession sont déjà alarmants, le marché ayant perdu près de 75% de ventes potentielles sur les ventes habituelles depuis le confinement, ce qui concerne l’ensemble de sa filière :
 
• Sur la chaîne de conception et fabrication, des laboratoires aux agences, des chargés de projets aux presseurs.
 
• Sur la chaîne logistique, les prestataires ayant logiquement réduit leurs activités, de nombreux postes ont été fermés et les sociétés d’expédition n’ont fonctionné que de façon très réduite.
 
• Sur les circuits de distribution, les magasins traditionnels réouvrant au fur et à mesure, la vente à distance ne compensant pas la perte des ventes en magasins.
 
• Sur les réseaux dits institutionnels, les commandes sont quasiment au point mort, les clients de ces réseaux (médiathèques, bibliothèques) ayant été fermés, et la reprise s’annonçant très lente. 
 
Le déconfinement vient de se produire : mais on s’aperçoit qu’il va y avoir un très long chemin à parcourir pour redonner l’envie habituellement suscitée par les lieux de vie et de culture, l’expérience étant désormais entravée par les contraintes sanitaires indispensables telles que les quotas de clients ou les files d’attente.
 
Bref, une situation préoccupante menace actuellement l’équilibre de l’ensemble de la filière, des laboratoires aux agences de création, des distributeurs indépendants aux éditeurs. 
 
Nous demandons aux pouvoirs publics un plan de sauvegarde avec la création d’un budget spécifique de sauvegarde pour la culture, incluant notamment l’univers de la vidéo physique, en plus des exploitants, des distributeurs ou des producteurs. Le CNL l’a fait pour une autre filière liée au support physique, le livre, avec la création d’un plan d’urgence de 5 millions d’euros, en plus des aides sélectives.
 
En plus d’un plan de sauvegarde, un plan de relance doit parallèlement être mis en route, avec des actions nationales à mener sur la vidéo par tous ses acteurs (éditeurs, prestataires, points de vente, festivals), pour faire exister encore plus pleinement le support physique.
 
Nous, éditeurs vidéo indépendants, sommes prêts à nous réinventer comme nous le faisons déjà depuis des années, pour faire exister le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain en éditions vidéo physique. Cela, nous le répétons, en complément des mille et une autres manières de voir des films.
 
Parce que les cinéphiles français aiment et chérissent l’édition physique, et y voient un objet de collection qui se possède,
qui se garde et qui se transmet, nous concluons avec le beau texte que nous a envoyé le cinéaste Bertrand Tavernier :
 
 
« Durant ce moment de confinement, je dois dire que les DVD ont été une aide inappréciable. Se frotter aux​ ​grands films, les revoir dans de bonnes conditions, dans des transferts excellents, des copies magnifiquement​ ​restaurées produits par de nombreuses sociétés françaises ces dernières années de Gaumont à Carlotta,​ ​de Pathé à Doriane Films, Rimini, Coin de Mire, Wild Side, Tamasa, m’a valu des soirées passionnées.

Revoir en Blu-ray des westerns superbes, dans des copies superbes comme L’Attaque de la malle poste,​ ​Le Jardin du diable (Sidonis où l’on trouve aussi des policiers rares comme Midi gare centrale),​ ​des classiques sous-estimés comme Freud, passions secrètes de John Huston ou Promenade avec l’amour​ ​et la mort, faire le point sur l'oeuvre essentielle de Pabst (qui connaît Le Procès qu’il tourna en Autriche​ ​pour se racheter après avoir rejoint le parti nazi ? C’est un film exceptionnel sur l’antisémitisme​ ​qui fleurit partout durant cette épidémie), redécouvrir les films d’André Cayatte, de Henri Decoin,​ ​de Christian-Jaque, furent des moments de bonheur au milieu de cette effroyable crise.

D’autant que dans nombre de ces DVD, on trouve des bonus inappréciables (et souvent absents sur le net)​ ​comme ces explications d’une psychanalyste décryptant à sa juste valeur le travail de Huston ou toute cette​ ​série d’interviews autour du dernier et admirable film de Robert Altman, The Last Show. C’est aussi découvrir​ ​les deux fins de Non coupable, des Grandes manoeuvres, réapprécier à sa juste valeur Une femme mariée de Godard​ ​avec une décapante intervention de Macha Méril. Bref, ces DVD rendent encore plus vivants et nécessaires​ ​des films pourtant si vivants. Les personnages coincés du Décaméron de Boccace en profitaient pour faire assaut​ ​d’imagination, imitons-les et faisons assaut de culture. Découvrons ou redécouvrons. Le territoire est vaste,​ ​l’offre variée, de Bergman à Kurosawa, de Michael Powell (le cinéma anglais est une mine de films de résist
ance​ ​contre une autre forme d’épidémie qu’on appelait le totalitarisme) ou de Comencini à Ozu et à Christian-Jaque. »
 
 
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